THUG – The Hate U Give de Angie Thomas

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Auteur : Angie Thomas

Edition : Nathan

Nombre de pages : 496

Prix : 17,95€

Genre : Drame, Jeunesse

Pour vous le procurer c’est par ici.

 

Résumé :

Starr a seize ans, elle est noire et vit dans un quartier difficile, rythmé par les guerres entre gangs, la drogue et les descentes de police. Tous les jours, elle rejoint son lycée blanc situé dans une banlieue chic ; tous les jours, elle fait le grand écart entre ses deux vies, ses deux mondes. Mais tout vole en éclats le soir où son ami d’enfance Khalil est tué. Sous ses yeux, de trois balles dans le dos. Par un policier trop nerveux. Starr est la seule témoin. Et tandis que son quartier s’embrase, tandis que la police cherche à enterrer l’affaire, tandis que les gangs font pression sur elle pour qu’elle se taise, Starr va apprendre à surmonter son deuil et sa colère ; et à redresser la tête.

Mon avis :

 

« je ne suis même pas sûre d’être à ma place, ici. Pas que je me prenne pour une bourge, ni rien. Mais il y a juste des endroits où ça ne suffit pas d’être moi. Aucune version de moi ne convient.

 

Il est difficile de vous parler d’un sujet aussi polémique sans en prendre part et sans avoir à vous donner mon avis. Je vais essayer avec cette chronique de rester le plus neutre possible, vous donnant juste des détails sur l’histoire, les personnages et l’atmosphère du livre en général. D’ailleurs en ce qui concerne le clivage entre « blancs » et « noirs » mon avis n’ai surement pas assez objectif et je ne me sens pas autorisée à vous dévoiler mon opinion. J’espère que vous comprendrez ma neutralité. Je ne suis pas là pour continuer un débat hautement polémique mais juste pour vous donner mon avis sur un livre qui a changé ma façon de penser et de voir le monde !

J’ai accepté de lire ce livre pour la simple et bonne raison que sa sortie aux États-Unis a fait beaucoup de bruit. Quand Nathan me l’a proposé en service-presse, je n’ai pas hésité une seconde et j’ai sauté sur l’occasion afin de me faire mon propre avis. J’ai commencé cette lecture sans en avoir lu le résumé, je me suis dit que je découvrirai bien assez tôt son contenu. Donc en commençant ma lecture, je m’attendais à tout et à rien en même temps, mais surtout je m’attendais à être surprise et ce fut le cas !
Alors je tiens à remercier du fond du cœur les Éditions Nathan pour cet envoi et pour m’avoir permise de lire un livre aussi poignant et aussi révolutionnaire.
Je n’ai pas beaucoup eu l’occasion de lire des livres qui véhiculent un message aussi polémique, bien sûr je ne suis pas passée à côté des incontournables « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » de Harper Lee ou « La couleur des sentiments » de Kathryn Stockett. Mais aucun de ses livres n’a réellement réussi à me porter au cœur du conflit, comme si moi aussi j’en prenais part (surement à cause de l’époque 1930 pour Harper Lee et 1960 pour Kathryn Stockett).

 

Dans cette histoire, on fait la connaissance de Starr, une jeune adolescente de 16 ans qui vit à Garden Heights une banlieue noire dont la vie est rythmée par la guerre que se fait deux gangs rivaux. Un soir, alors qu’elle était à une fête, une bagarre éclate, très vite suivie de coups de feu. Avec son meilleur ami Khalil, elle s’enfuit et tous les deux prennent la voiture pour se mettre à l’abris. Sur la route du retour, il se font arrêtés par un flic blanc. Alors que Khalil n’avait commis aucune infraction, il se fait brutalement sortir de la voiture et fouiller comme un criminel. Alors que le flic lui demande de ne pas bouger le temps qu’il aille vérifier ses papiers, Khalil va voir Starr dans la voiture pour lui demander comment elle va. C’est alors que Khalil reçoit 3 balles dans le dos tirés par le policier qui à quelques mètres s’est senti en danger.
Alors que Starr doit faire le deuil de son meilleur ami injustement assassiné sous ses yeux, elle doit aussi se battre pour obtenir la justice pour Khalil. Mais quand tout le monde est prêt à enterrer l’affaire et à blanchir l’agent de police comme s’il avait accompli à acte héroïque, est-ce que la voix d’une seule adolescente est suffisante pour faire rétablir la vérité ? Starr va se retrouver au cœur du conflit et il va falloir qu’elle s’arme de courage pour faire face aux déchainements de tous ceux qui sont prêts à tout pour la faire taire.

 

Maintenant on passe à une partie beaucoup plus épineuse, vous expliquer ce que m’a fait ressentir ce livre. La réponse est claire : beaucoup de choses (mais ça ne vous suffit pas hein ?!).
De prime abord, j’ai eu un peu de mal avec le langage des dialogues qui sont écrits en langage courant donc avec des tournures de phrase et du vocabulaire familier. J’ai eu du mal à me séparer de mon idée fixe (il faut dire que parfois je suis un peu butée). Si je lis des livres, c’est justement pour essayer de me décoller du langage parlé parfois un peu trop familier des discutions entre amis ou alors du langage SMS. Alors me retrouver confrontée à ce genre de dialogue m’a un peu rebuté et j’ai mis du temps à rentrer dans l’histoire à cause de ce petit détail. Mais au fur et à mesure de ma lecture j’ai compris que sans ces discutions, le livre n’aurait plus aucune valeur. Je pense que si les discutions sont retranscrites ainsi c’est pour insister sur le côté « ghettos » du quartier de Starr et pour nous aider à visualiser les deux mondes dans lesquels elle vit, d’un côté sa famille et ses amis « noirs » et de l’autre ses amis « blancs » d’école privée et le jonglage qu’elle doit faire entre les deux. Je pense que le but de l’auteur était de nous forcer à coller des étiquettes à chacun des personnages pour qu’on se rende compte qu’en réalité on ne vaut pas mieux que les autres. Les dialogues aident le lecteur à coller des étiquettes.

 

Au final je suis ressortie de ce livre un peu plus « noire » qu’au début. Je n’ai jamais habité dans un quartier « dangereux » ni même été confrontée à la réalité des gangs ailleurs qu’à la télévision, donc avec ce livre j’ai appris et vécu à travers Starr cette appréhension permanente, celle qui ne la quitte plus à partir du moment où elle passe les frontières de sa ville.
Dans mon petit cocon bien douillet dans lequel j’ai été élevée, je ne me suis pas forcement rendue de la difficulté qu’on peut rencontrer ailleurs et ce livre m’a fait ouvrir les yeux sur la réalité et j’en ressors grandit (il était temps !). Mais il était aussi grand temps qu’il soit donné à des lecteurs la possibilité de lire des livres aussi polémiques pour justement comprendre et se faire sa propre idée.

Chaque page m’a un peu plus choqué que la précédente et au final je suis en colère. Je suis en colère contre ce monde qui se dit « égalitaire », « respectueux de la parité », et surtout qui se dit « tolérant ». Dans cette histoire, il n’y a rien de tout ça … L’histoire se répète encore et encore … Deux enfants noirs rentrent tranquillement chez eux et l’un d’eux se fait abattre cruellement juste parce qu’un gentil petit policier blanc s’est cru en danger. Et alors qu’ils auraient dû pouvoir obtenir la justice pour un meurtre arbitraire, ils sont juste relégués et rabaissés à des stéréotypes « noirs », « agressifs », « dealer ».
Il n’y a pas que la différence « noirs/blancs » dont il est question ici. Il est aussi question de la toute puissante de la police, qui peut faire ce qu’elle veut, même tuer sans avoir une seule sanction. Il est également question de la différente entre « riches/pauvres », « quartier riche/quartier pauvre ». Toutes les polémiques y passent et ça fait plaisir de voir que même dans l’adversité et la différence, au bout du compte, on est tous capables de se serrer les coudes.

 

« The Hate U- « you » mais avec la lettre U – Give Little Infants Fucks Everybody. T-H-U-G-L-I-F-E. Ce qui veut dire que ce que la société nous fait subir quand on est gamins lui pète ensuite à la gueule. Tu piges ? »

« Exactement. Les drogues viennent d’ailleurs et elles détruisent notre communauté. T’as des gens commes Brenda, qui sont persuadés qu’ils en ont besoin pour survivre, et puis d’autres comme Khalil, qui sont persuadés qu’ils ont besoin de les vendre pour survivre. Les Brenda ne peuvent pas décrocher de boulot sauf si elles sont clean, et elles ne peuvent pas payer leur désintox sauf si elles ont un boulot. Quand les Khalil se font serrer parce qu’ils fourguent, soit ils passent la plus grande partie de leur vie en prison, une autre grande industrie qui brasse des milliards, soit ils galèrent pour trouver un vrai boulot et, du coup, ils vont probablement se remettre à fourguer. C’est ça la haine qu’ils nous donnent, bébé, un système conçu pour nous écraserr. La Thug Life, c’est ça ! ».

 

En ce qui concerne les personnages, ils sont tous extrêmement touchants et ils ont tous leur place et leur importance. Le frère surprotecteur, la meilleure amie fidèle et l’autre pleine de préjugés, le petit ami compréhensif, le père intolérant, la mère poule, les membres des gangs agressifs, les voisins compatissants. Au final cet énorme melting pot rend ce livre encore plus touchant et plus réel.
Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde, j’étais plongée au beau milieu de Garden Heights dans toute sa complexité et j’ai vécu à travers Starr toutes les difficultés qu’elle a traversé et toutes les horreurs qu’elle a subi.
Au final, j’en ressors grandit, en colère mais grandit parce que j’ai appris à voir à travers quelqu’un de différent, à me mettre à sa place, à la comprendre et à ressentir ses émotions. Elle comme moi n’avons pas obtenu justice mais nous n’avons pas fini de nous battre.

 

Je ne vous conseille pas ce livre, je vous le recommande parce qu’il a changé ma façon de penser (moi qui suis si entêtée), parce qu’il a fait de moi une personne différente et parce que tout simplement il est merveilleux !

2 commentaires sur « THUG – The Hate U Give de Angie Thomas »

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